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Edito
Salon de Genève, 28 février, 1er journée de la presse.
9 h 00 stand SEAT, conférence + petit déjeuner
Oui, c’est bon ça, je vais commencer par là, c’est pas trop tôt, pourrai rester au lit jusque 8 heures, et ça m’épargnera un petit déjeuner au restaurant.
10 h 00 stand SITEV, conférence avec réception
Bof, je passerai voir s’ils servent des petits fours !
11 h 00 Stand MITSUBISHI, présentation avec conférence
Pas terrible, ce qu’ils présentent là, auraient pu prévoir un buffet, un apéro…
14 h 30 Stand HONDA, première avec réception
Une réception à 2 h 30, les pingres, auraient pu offrir un déjeuner à midi !
15 h 00 Stand GENERAL MOTORS, réception
C’est là que les choses sérieuses vont commencer, par quelques gin-tonic.
16 h 00 Stand Opel, réception
Ok j’y serai, on enchaîne avec les whisky-soda et les zakouski…
17 h 00 Stand FERRARI, réception
Si je tiens encore debout, j’irai voir leur GTO et prendre quelques GANCIA.
18 h 00 Scuderia Mirabella, réception au restaurant Le Cervin.
Ça à l’air d’une blague, cette Ecurie Mirabella… j’irai pas.
19 h 00 Dîner offert a la presse par le Comité du Salon, Restaurant Le Salève.
Comptez sur moi, Messieurs, je suis votre homme. Assiette de viandes des Grisons, soufflé genevois, entrecôte marchand de vin, gâteau de fromage, café, cognac, cigares… je me couche à 2 heures du matin, plein comme une outre.
29 février, 2me journée de la presse
Me réveille à 8 h 30, l’estomac barbouillé, les yeux rouges, la barre en travers des tempes… me sens moche. M’habille en vitesse, bois deux Coca, ça vous remet l’estomac d’attaque. Petite vidange rapide et je suis d’attaque pour une nouvelle journée de grand journalisme. Zut, je ne serai pas à temps pour la réception à 9 h 00 sur le stand Citroën. J’espère qu’il restera quelques croissants.
9 h 30 Stand Citroën, réception
II reste du café, bien chaud, et des petits pains au chocolat. Ne pas perdre de temps à bavarder avec Gilles Guérithauld, je vais me mettre en retard sur le programme. Encore une petite tasse oui, pas de lait, merci !
10 h 00 Stand ROLLS-ROYCE, réception
Faut pas la rater, celle-là. Dieu quel monde ! Tous les Major Thomson de la terre sont là, costume à fines rayures, moustache blanche et pochette assortie.
Champagne ! Beurk, j’aime pas trop, mais il n’y a rien d’autre ! Hello, hello. Qui c’est ce type qui me salue ? Comme si on avait été à Oxford ensemble. Bon, je vais voir ailleurs, c’est vraiment trop ennuyeux.
12 h 00 Stand RENAULT, réception
Alors là, ÇA c’est une réception ! Midi, c’est bien choisi. Je leur ferai un bon papier sur leur nouvelle R 25. Des huîtres ! C’est pas vrai, ils offrent des huîtres ! Avec du vin blanc sec, bien frappé, tout-à-fait ce qu’il me faut pour me remettre du Champagne de Rolls-Royce. Ah qu’ils sont gentils, aah je les aime bien ces R 25. Belle voiture ! Tiens voilà Ducarouge, ooh voilà le président…….. !
Bonjour, Monsieur le Président…….. oui, très bien merci, une belle réussite votre 25, bonne chance !
Tiens, voilà tous les anglais qui débarquent. Ils n’ont plus de champagne ou quoi ? Préfèrent les huîtres, sûrement ! Quel monde, c’est un vrai coude-à-coude pour s’approcher du buffet. Mon dieu, que vois-je, ils servent de la raclette aussi ! Oh là là, qu’est-ce qu’ils nous gâtent. Il faut vraiment leur faire un bon papier sur la R 25, ils méritent bien cela.
Bon, quelle est la suite du programme ? 15 h 00 chez Alfa. Bon, je vais un peu regarder les voitures d’ici là. Il n’y a plus d’huîtres de toute façon, je vais me promener un peu en attendant la prochaine réception.
15 h 00 Stand ALFA-ROMEO, réception
Benvenuto, benvenuto, ciao, come va ? le nuove quattro-quattro, belle he ! Euh… si, si, belle. Pas un francophone en vue, je me sens aussi à l’aise qu’un gibbon sur la banquise. Il Dottore Ingeniore Barchetti s’est lancé dans une grande explication sur le système 4×4 de son Alfa 33, à grand renfort de moulinets de bras. Je passe derrière lui, manque de prendre une baffe, je quitte le stand Alfa sans même prendre un Martini, écoeuré.
16 h 00 Stand FIAT, réception
Suis sur mes gardes. M’écarte prudemment de tout groupe de plus de deux personnes. Le buffet est bien garni, Cinzano, Martini, pizza, Campari, Bacardi…
Un espèce de Peppone moustachu officie derrière le bar, les conversations vont bon train, je ne comprends pas un mot de ce qui se dit, mais je sens bien qu’on ne parle pas de voiture ! Bon, je vais pas moisir ici, il n’y a rien de bon à boire et pas grand chose à manger, je rentre à l’hôtel taper mon reportage sur les journées de la presse au Salon de Genève !
« Le Salon de Genève était, traditionnellement, le Salon des petits constructeurs, des marginaux, et des premières européennes. C’était le salon préféré des journalistes, on pouvait y brûler des kilomètres de pellicule et faire des reportages intéressants. Felber y exposait ses hybrides, Panther ses Range-Rover à six roues, décapotables, blindées, etc… Bertone, Pininfarina, Colani, Beuttler, Bitter, Michelotti nous présentaient toujours des prototypes intéressants, Monteverdi — sur son propre terrain — tout comme Sbarro, Pisteur, Felber etc… toutes ces petites firmes nous proposaient régulièrement des créations extraordinaires, qui donnaient au Salon de Genève un caractère que les autres Salons lui enviaient.
Et que voyons-nous aujourd’hui, en 1984 ? Genève est devenu un Salon comme les autres, banal, ennuyeux. Les nouveaux palais — sur deux niveaux — conviennent mieux à une Foire du Meuble qu’à un Salon de l’Auto, tous les petits constructeurs ont disparu sauf quelques irréductibles comme Albar qui persiste à vouloir vendre des buggies démodés et son horrible Sonic, Pininfarina — sur un stand somptueux — nous présente une Ferrari GTO et un Spyder Fiat 124 qu’il a dessiné il y a vingt ans, Sbarro ne nous présente plus que des jouets pour fils d’Emir arabe, et c’est tout.
Une nouvelle vague de « carrossiers » a pris la place des créateurs, des stylistes, des inventeurs de génie. Ces « Carrossiers » se nomment B & B, Kamei, AMG, Irmscher, Styling Garage, Rinspeed, Gembella, Hammond & Thiede, etc. etc… et que nous proposent-ils ? Des transformations plus ou moins heureuses, plus ou moins vulgaires, des kits de spoilers/élargisseurs d’ailes/jupes latérales/jantes larges. Ils sont une vingtaine, ces « carrossiers » et leur grande originalité, leur individualité est la suivante : il modifient TOUS des Mercedes (et quelques Porsche). La production annuelle de tous ces petits carrossiers réunis est d’un millier de véhicules, dont plus de 900 sont vendus aux Emirats Arabes. Deux tendances se distinguent : le luxe outrancier et le luxe outrancier sportif. Dans la première catégorie, nous trouvons des berlines rallongées dont tous les chromes sont plaqués or 24 carats, console TV-Vidéo en or à l’arrière, console radio-stéréo en or (250 Watts minimum) à l’avant, bar avec carafes en cristal taillé, frigo, air conditionné, tentures, rideaux, sièges à réglage électrique, etc. etc…
Dans la deuxième catégorie, nous trouvons à peu près le même équipement, mais la voiture de base est un coupé 500 SEC monté sur jantes de 16 pouces chaussées de Pirelli P7, équipé de spoilers et de jupes. Les transformations sont ici plus radicales, puisque vous pouvez obtenir une 500 SEC aussi bien en décapotable qu’en pick-up ou en portes papillon. Les catalogues de vente de ces firmes sont aussi somptueux que leurs réalisations, et ils sont trilingues anglais-arabe-allemand ! Les desiderata de la clientèle sont tellement bien étudiés que — par exemple — la firme Styling Garage garantit que son coupé 500 SGS Guliwing peut être conduit à 200 km/h avec les portes papillon relevées !!! Cette nouvelle vague de carrossiers suscite quelques réflexions. D’une part les Mercedes sont les seules voitures européennes qui se vendent aux Emirats, où la marque s’est taillée une réputation de fiabilité grâce à ses camions… !!!! Eh eh ! Il était donc normal de choisir Mercedes pour s’implanter dans le créneau des véhicules de super-luxe. D’autre part, cette vogue est éphémère mais au vu des prix demandés pour de telles voitures, il suffit d’en fabriquer une dizaine pour mettre la clé sous le paillasson et s’en aller couler une retraite heureuse aux Caraïbes ou ailleurs. Ces firmes emploient un personnel hautement qualifié, un artisanat de pointe, des carrossiers qui vous forment des tôles à la main, à l’ancienne, des selliers, des ébénistes, des peintres, des dessinateurs, des ingénieurs-électroniciens. Toutes les voitures que nous avons examiné à Genève (entre deux réceptions…) étaient en finition, d’une qualité d’assemblage irréprochables, elles comportaient une énorme quantité de solutions techniques fort ingénieuses qui ne peuvent être appliquées à la grande série pour des raisons de rentabilité. Toutes ces voitures, aussi laides soient-elles (à nos yeux) nous ont rappelé que nous possédons en Europe des artisans de tout premier plan, et qu’il est infiniment dommage de ne pas pouvoir utiliser leur talents pour produire en petite ou moyenne série des véhicules qui soient vendables EN EUROPE ! Nous vivons en effet une époque où les règlements, les lois, les procédures d’homologations que nous ont imposés nos gouvernements ont tué les petits constructeurs, nous vivons à l’époque de la grande série, à l’époque de l’uniformisation, de la standardisation, de la rationnalisation… et donc de l’ennui. L’institution du Marché Commun n’a rien arrangé, bien au contraire. Tous les pays membres sont sensés avoir adopté la même législation en matière de construction automobile, et nous avons pourtant chacun nos règlements propres. Il n’est plus possible dans notre contexte actuel, pour un petit constructeur, de fabriquer un véhicule qui puisse satisfaire à tous les règlements en vigueur s’il ne dispose pas de capitaux gigantesques, d’un personnel très nombreux (qui doit toujours comprendre plus de bureaucrates que d’ouvriers) et il est dès lors bien compréhensible que les seules petites firmes qui s’intéressent encore à la production marginale ne puissent écouler leur produits que dans des marchés d’exportation qui ne sont pas régis par des réglementations aussi contraignantes que les nôtres. Le processus est irréversible, ne nous faisons aucune illusion, il ne nous reste plus qu’à choisir entre une G, une GS, une GTS ou une GTSX chez l’un, ou une 4, une 5, une 9, une 11 ou une 25 chez un autre GRAND constructeur. Adieu Genève…
Notre article du mois de mars sur la Rolls-Royce Silver Spirit continue de susciter un courrier volumineux, il n’a laissé personne indifférent et nous nous en réjouissons. A ce sujet, nous tenons à vous informer que le garage Vintage Automobiles à Monaco n’est en aucun cas responsable de la pose d’un nouveau compteur kilométrique, celui-ci a été placé par nécessité (puisque l’ancien ne fonctionnait plus) par le garage qui nous a vendu la voiture, et ce fait nous a été signalé avant l’achat, il n’y a donc aucune malversation.
Nous espérons que le sens de notre article ne vous aura pas échappé, en effet nous vous y commentions notre expérience avec une Rolls Royce Silver Spirit après 38.500 kilomètres, et l’état de la voiture n’impliquait pas la responsabilité des vendeurs et intermédiaires.
Nous ajouterons simplement que nous avons acheté cette Rolls au garage Juan les Pins Automobiles.
La polémique concernant la Rolls-Royce Silver Spirit est maintenant terminée, qu’elle serve à vous ouvrir les yeux, amis lecteurs, sur l’automobile, telle qu’elle se trouve réellement, et non telle que vous l’imaginez suite aux récits bêtifiants et à l’eau de rose de la presse en général.
Nous avons reçu suffisamment de courrier pour alimenter une rubrique de deux pages dans chacun des 10 numéros à suivre. Ce courrier nous a également servi de sondage, puisqu’il a pu faire apparaître un intérêt certain pour la démystification de voitures par trop encensées ailleurs. Nous tâcherons donc de continuer à vous donner matière à réflexion… Bonne lecture…
Patrice DE BRUYNE
P.S. Désolé pour ceux qui se sont laissé prendre à notre humour du 1er avril le mois précédent… en effet la « grande casse » était un énorme poisson d’avril…. quelques photos d’épaves en plaques françaises au milieu de photographies prises en Californie… et un bon millier d’entre vous ont craqué… jusqu’à des hebdomadaires et des quotidiens de grande diffusion qui nous ont offert des ponts d’or pour connaître la fameuse adresse de St. Germain en Laye.
En fait de blague, nous fûmes ensevelis de courrier et d’appels téléphoniques… des centaines de lettres, des centaines d’appels… par jour…..ce fut une bonne blague pour nous également.
Sommaire
8 LA RENAULT 25
Ne dites rien. elle a sa place dans Calandres, sobre et classique elle passe inaperçue, voilà donc une voiture pratique pour circuler en confort et… incognito.
12 LA MERCEDES 450 SL
Elle n’est plus fabriquée sous cette appellation, mais c est le modèle type que beaucoup d’entre nous rêvent d’acheter d’occasion, elle symbolise la classe… qu’en est-il ?
16 TO BE OR NOT TO BE
Mercedes symbolise la réussite… Mercedes c’est le symbole d’une certaine fortune, en avoir une… ça pose… ! En est-il de même à Hollywood ?
22 FERRARIBABY
Un fabuleux jouet à la finition remarquable, construit par un amoureux de l’automobile et des enfants.
24 O’GARAH COACH
Une firme qui a le vent en poupe, une réussite prodigieuse en l’espace de quelques années, et qui propose ce qui se fait de mieux et de plus cher.
32 CORD
Vraie ou réplique ? Indiscernable, cette voiture continue de faire rêver tous les américains au même titre que Bugatti en Europe.
38 JAGUAR XK 150
La dernière d’une série 120 & 140. La plus moche des 3 pour les amateurs, mais celle qui fut la plus sophistiquée.
42 LAMBORGHINI MIURA
Une légende, un tour de clef, vroum vroum, 1er, 2me, 3me le tour du pâté de maison, photos, et retour… le 1er essai sur 500 mètres de l’histoire !
50 BOUILLOT HELSEL
Fumisterie ou sens de la perfection à tout prix… à tout prix se lit ici à double sens… la plus chère type « E » du monde.
52 ROLLS ROYCE CORNICHE
Le summum, l’apothéose……. nous avons voulu vérifier pourquoi, et nous n’avons pas trouvé de réponse, elle roule, c’est déjà pas mal.
60 FIERO RACE CAR
2me et avant dernière partie d’une étude technique sur un modèle qui révolutionne l’industrie américaine… Admirez la finition !